Ca fait du bien de sortir de chez soi. Même emmitouflée dans son manteau et les cheveux emprisonnés sous un bonnet, le grand air, ça lui a toujours donné un coup de fouet. Un je ne sais quoi de vivant. Pourtant, vivant, le paysage ne l'est pas trop. Magasins fermés, maisons aux volets clos attendant des vacanciers, deux ou trois autochtones d'un certain âge promenant des chiens du même certain âge. Pas très folichon, un paysage de village, un lundi, hors saison. Ce qui est incroyable avec le bord de mer c'est que même en cette période calme et abandonnée il y a un petit quelque chose qui n'est pas mort. Le reflux, le bruit des vagues, la violence thalassique rendent le tout bien vivant. Elle se fait cette réflexion à chaque fois, ici c'est le bruit qui est apaisant. Un bruit si fort et pourtant aussi profond qu'un silence, aussi lourd, aussi épais que le plus profond des silences. Elle s'éloigne donc, calmement, en direction de nulle part. Elle ne pense à rien, rien ne l'inquiète, aucune pensée matérialiste ne vient déranger son état comateux. Elle est légère et transparente, elle est heureuse et mélancolique, étrange ectoplasme ne prêtant pas attention au monde endormi qui l'entoure. Malgré tout, elle remarque un homme et son chien. Elle ne craint pas les chiens. Elle n'en a même pas peur du tout. Elle ne les aime pas, voilà tout. Les animaux, c'est pas vraiment son truc même si les chats lui conviennent le mieux. On la dit secrête et inaccessible, à leur image. Elle continue donc sa route et quitte la digue qui se termine. Elle a un peu plus froid, voilà tout. Désormais sur le sable, le décor a changé, elle est entourée d'éponges sèches, d'algues multicolores, toutes aplaties et flasques, elles ont perdu leur port de reines, ondulantes et dignes sous l'eau, échouées là comme du linge sale oublié au milieu du bois flotté et du verre poli par les remous. C'est la deuxième vie d'un monde transformé par l'action de Poséidon qu'elle trouve à ses pieds. Arrivée au bout, tout au bout, sans espoir d'avancer d'avantage, là où seul le retour est possible, elle se sent prise au piège. Pas âme qui vive, aucun échappatoire à son imagination en délire. tout devient danger même si elle est seule. On l'espionne, on la surveille. Personne ne sait qu'elle est là, tout possibilité de la retrouver est donc perdue. là-bas, l'homme étrange la regarde. Il parle à son chien. Ne pas s'affoler surtout, calmer son esprit voyageur et continuer à marcher, vers la vie, même infîme, vers la ville, même minuscule, vers le connu, même si ce n'est que depuis quelques jours. Elle passe, digne, devant l'homme au chien, il la dévisage, la jauge de haut en bas. Elle a peur la demoiselle? Que nenni, confiante comme jamais, aucune idée de ce genre ne lui a traversé l'esprit. Elle suit, le coeur battant mais en instance d'apaisement, le chemin du retour.
mercredi 23 mai 2007
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