mercredi 15 octobre 2008

No water but salt !


A l'heure où les coupures des subventions pour la culture au Québec déchainent les passions, la culture, elle-même, est examinée sous toutes les coutures. Doit-on céder à la culture de masse, celle qui rapporte, celle qui est lisse et indigeste tellement elle a été aseptisée ? Ou doit-on privilégier une culture plus vraie, celle qui vient du coeur, souvent à petit budget, une culture qui reflète ce que l'on est, plus populaire peut-être mais justement plus proche des gens ?

La question demeure ouverte mais depuis que je suis allée voir Fred Pellerin au Grand National, ma balance penche un peu plus d'un côté que de l'autre.

Fred Pellerin est un "conteux", qui parle de son village de Saint-élie-de-Caxton (près de Shawinigan pour les incultes ^^) et de ses légendes héritées de sa grand-mère Bernadette comme au temps des veillées. Ses personnages sont des anciens habitants du village de Mauricie que l'on retrouve dans chaque nouveau livre, disque ou spectacle. Son débit est rapide, son parler est rugueux, parfois même fantaisiste. Il joue avec le fil des mots comme les Parques avec le fil de la vie. Parfois long est sinueux qui vous emmène de vétuste à Kéops pour parler de la mort, parfois il se rompt, subitement et c'est un interlude musical et chanté qui prend le relais et structure le récit. Car Fred Pellerin est aussi musicien. Piano, guitare, harmonica, il met en musique les moments forts de l'histoire, ceux pour lesquels les mots seuls ne suffisent pas.

Je n'ai pas vu passer le spectacle de plus de deux heures et demi. J'étais ailleurs, le temps s'était figé. Au début du siècle, à Saint-élie-de-Caxton probablement, là où la mort rôde quelques fois avant d'être abattue par la Stroupe, la sorcière que l'on consulte quand on va mal. Peut-être était-ce une riche baronne allemande, personne n'a jamais su. Les rumeurs n'épargnent personne et surtout pas les étrangers.

Ce spectacle c'est aussi un hommage à grand-mère Pellerin et à son village, à ses habitants. Fred Pellerin a trouvé un très beau moyen de continuer à le faire vivre. En nous racontant ses mythes il parvient, en un claquement de langue (pourquoi toujours un battement de cil, hein?) à nous faire passer du rire aux larmes. Les émotions sont à fleur de peau.

Saint-élie-de-Caxton est devenu un lieu touristique où certains fans vont un peu comme on va en pélerinage.

J'ai d'ailleurs plannifié, moi aussi, d'aller vérifier s'il existe, au fond du cimetière, un peu sur la gauche, une vieille pierre tombale aux épaules voutées avec une croix noire qui la surplombe. Rien n'y est gravé puisque la mort repose dessous.

2 commentaires:

Pinocchio a dit...

Un petit message pour te lancer une formidable INVITATION!!!

Anonyme a dit...

J'écris pas souvent et je m'en excuse (non je le fais pas parce que je vais bientôt être temporairement à portée de coups, médisants!) par la présente, parce que je veux qu'on sache que chaque article de ce blog (enfin mis à jour!! :D) est lu et souvent relu par moi-même à mes heures per...au boulot.

Cet article m'a donné envie de l'entendre, ce monsieur, nous parler de sa contrée et de ses mythes.

Merci pour ça :)

M.