J’y ai pensé toute
L’idée vient d’Europe, Jorge Spielmann, un pasteur aveugle de Zurich qui avait l’habitude de bander les yeux de ses invités chez lui, afin qu’ils puissent partager son expérience culinaire, ouvre en 1999 son restaurant, Blindekuh (« vache aveugle », en allemand). Le projet vise à faire découvrir aux voyants le monde des non-voyants, le temps d’un repas. Plus concrètement, il assure également des emplois aux personnes aveugles.
La population malvoyante connaît en effet un taux de chômage avoisinant les 70%.
A Paris, les commentaires sont mitigés. Même si l’on souligne indéniablement l’expérience humaine intéressante, je me rends compte que la qualité, tant sur l’ambiance qu’au niveau gastronomique, n’est pas toujours au rendez-vous. Mince ! Je pars avec un a priori, le concept original relègue sur d’autres plans, plus lointains, le raffinement.
Délestés de tout objet susceptible d’émettre la moindre lueur (briquet, montre, téléphone portable …) nous parcourons
La deuxième porte refermée sur nos pas, nous sommes dans la salle de restaurant. Enfin, il me semble. A partir de ce moment tout n’est que supposition, je dois faire confiance à mes quatre autre sens pour me guider. Répondront-ils présents à mon appel silencieux ?
Une fois placés autour de la table c’est le silence dans notre groupe, chacun est trop occupé à évaluer ce qui l’entoure pour parler. Raymond nous guide toujours : « Devant vous un napperon, sur ce napperon votre serviette et vos couverts, deux fourchettes et un couteau. A 10h, une petite assiette avec du beurre ».
Je juge la table ovale mais elle pourrait très bien ne former qu’une avec celle des gens d’à côté. L’arrivée de boissons renforce le challenge. Raymond nous apporte aussi du pain. Chaud, l’odeur qui s’en dégage me met l’eau à
Un instant l’idée d’explorer mon assiette avec les doigts traverse mon esprit. Trop facile. C’est donc ma fourchette qui parcoure méthodiquement l’assiette. Une fois le terrain balisé, je tente laborieusement de porter quelque chose à ma bouche. Première bouchée trop grande. Deuxième quasi-inexistante. De guerre lasse, j’opte pour le champignon planté en entier sur la fourchette, obstinée que je suis à ne pas utiliser mes doigts. Ma résolution ne fera pas long feu, pour ne pas en laisser une miette, je DOIS savoir ce qu’il reste exactement. L’homme est faible …
Mon palais n’a pas réussi à décrypter tous les composants du plat principal. « C’est rond, ferme, légèrement sucré … oui, mais qu’est-ce que c’est ? ». Je penche pour du navet mais rien n’est moins sûr. Les plus déconcertés sont toutefois les courageux aux plats surprises. Du poulet, du veau, du porc ? Pas de doute, nos papilles ne sont pas encore assez entraînées.
De là à dire que « C’est meilleur dans le noir », selon le slogan du restaurant ou encore un « festin pour les sens » comme je l’ai entendu, il y a une marge. La surprise ne vient pas de la cuisine mais du contexte. Traditionnelle et acceptable, la cuisine n’est pas exceptionnelle. Elle ne joue pas assez sur les textures et les saveurs pour nous surprendre.
Quant à l’expérience humaine, les serveurs sont très aimables et font bien leur travail mais qu’ils nous fassent partager leur ressenti et leurs astuces serait, à mon avis, un plus enrichissant.
Restaurant O. Noir

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