J’avais déjà fait un texte sur les célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, j’avais déjà parlé dans un précédent post la visite en France Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada et évoqué en filigrane le mécontentement de certains Québécois.
Il me paraissait donc logique de sauter sur l’occasion que m’a présentée Victor-Lévy Beaulieu pour en rajouter une couche sur le sujet.
Ma première préoccupation a été « Comment l’aborder ? » J’ai tout de suite choisi le côté culturel, certains comprendront J
Oui mais comment faire ?
Par le biais de l’auteur de la polémique, Victor-Lévy Beaulieu (VLB pour le reste de notre texte), écrivain et éditeur québécois ? C’était, a priori, une bonne idée qui s’est révélée être une fausse bonne idée. Que dire de nouveau sur lui ? Un petit tour sur le net, la recherche est aisée et fructueuse, donc non.
Finalement je crois que j’ai choisi un sujet plus général, plus casse-gueule mais aussi plus intéressant, surtout s’il s’adresse à des Français. Je m’explique.
L’idée est née d’un pamphlet de Victor-Lévy Beaulieu, intitulé « La Reine-Nègre » et publié le 21 mai dans L’aut’journal, un mensuel indépendant proche du milieu souverainiste. Le sujet du texte est, de prime abord, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, dont le titre exact est Son excellence la très honorable Michaëlle Jean, Companion of the Order of Canada, Commander of the Order of Military Merit, Commander of the Order of Merit of the Police Forces, Canadian Forces Decoration, Gouverneure générale et Commandante en Chef du Canada (ouf !). Je dis « de prime abord » puisque VLB, à travers la personne de Michaëlle Jean, aborde d’autres thèmes plus vastes. Malgré tout le texte est orienté de façon très personnelle même si dans une mise au point du 28
Le texte original se trouve ici : http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=888
N’y allons pas par quatre chemins, ce qui a fait souffler ce vent de polémique c’est le mot « nègre » parce que madame Jean est noire. « Nègre » est un mot raciste qu’il ne faut surtout, oh ! surtout pas employer dans une société aussi bien aseptisée que l’est la société occidentale. Les défenseurs de VLB et VLB lui-même se défendent que le mot « nègre » est accolé au mot « reine » et qu’il renvoie au terme « rois-nègres » d’Afrique équatoriale, véritables marionnettes des pays colonialistes qui n’hésitaient pas à vendre leurs pairs aux blancs pour en tirer bénéfice. Le terme est intelligemment introduit dans ce que certains qualifient de « brûlot » par VLB. De plus il constitue un double avantage : celui de pouvoir puter avec une couverture, l’autre sert son propos de fervent souverainiste.
Après avoir mis l’accent sur sa couleur et sur son statut de colonisée (car Québécoise), VLB souligne que Michaëlle Jean était déjà qualifiée de « reine » lorsqu’elle était journaliste à Radio-Canada. Reine, certes, mais « petite », l’adjectif qui peut passer pour affectif prend ici un tout autre sens, celui de demie reine. On secoue un peu et on obtient la « reine-nègre ». Le terme qui fait référence aux rois-nègres d’Afrique équatoriale n’est expliqué par VLB qu’en conclusion de son texte, comme un pied de nez pour dire à ceux qui l’auraient cru au fur et à mesure de la lecture de son texte « Je ne suis pas raciste et cette attaque n’est pas personnelle ».
Je ne connaissais VLB que de nom mais je dois dire qu’il m’épate sur la forme même si le fond peut laisser à désirer.
Du fond, parlons-en. VLB reproche à Michaëlle Jean de ne pas servir la cause québécoise, elle qui est Québécoise, mariée à un intellectuel français, Française jusqu’en 2005, d’origine haïtienne (Haïti est la première république noire indépendante) et qui a, par le passé, tenu des propos plutôt souverainistes : « On l’a quand même vue dans le documentaire de son mari porter un toast à « l’indépendance, à toutes les indépendances » (haitiwebs.com). Pour lui, elle est passée à l’ennemi, ni plus, ni moins.
Il en est ainsi pour certains Québécois pour qui le poste de Gouverneur général n’est rien de moins qu’une persistance du colonialisme britannique, un poste et une dépense des fonds publics inutiles. Je ne juge pas et je me détache volontairement, non parce que mon opinion est différente mais parce que je ne me permettrais pas de m’immiscer dans un débat qui n’est pas mien.
Il faut savoir qu’ici la gestion des fonds publics est une affaire dans laquelle le peuple est très impliqué. C’est l’argent populaire sur lequel, par conséquent, le peuple a un droit de regard. Et ce droit il l’exerce. Il en est de même quant au comportement des hommes politiques, élus par le peuple et pour le peuple. S’ils ne se montrent pas à la hauteur, ceux qui leur ont donné le pouvoir peuvent aussi leur reprendre.
Revenons au colonialisme, en tant que gouverneure générale, madame Jean se met au service du gouvernement fédéral, pour lequel le Québec n’est qu’une des 10 provinces canadiennes.
Pour Pierre Dubuc, l’éditeur de L’aut’journal, le but était de lancer le débat sur le rôle politique de la gouverneure générale.
Or, pour VLB, elle sort de son rôle qui est de « représenter tous les Canadiens de façon apolitique ». En déclarant en France, le 10 mai, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage « Moi, arrière arrière-petite-fille d’esclave, je suis venue saluer la mémoire des millions d’Africaines et d’Africains », victimes d’ »un des crimes les plus barbares contre le genre humain », elle a outrepassé sa fonction protocolaire en mettant en avant la minorité ethnique dont elle est issue et non le Canada qu’elle représente.
Pour des Québécois qui se sentent en position de colonisés, voire d’esclaves, il est contradictoire que madame Jean soutienne la cause noire mais pas la cause québécoise.
Les réactions les plus démesurées ont suivi ce texte, ou plutôt cette provocation de VLB. Rappelons que l’écrivain n’en est pas à sa première lubie. Au mois de février il avait menacé de brûler l'ensemble de sa production (patrimoine important de la littérature québécoise) pour dénoncer l’indifférence des Québécois face à la cause indépendantiste.
Le député libéral, d’origine haïtienne, Emmanuel Dubourg, a appelé à la censure tous les textes comportant des commentaires « haineux ».
Face à des menaces à la liberté d’expression, on s’en prend à défendre VLB presque malgré nous.
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