mercredi 11 juin 2008

Mea culpa après un siècle d'assimilation

Stephen Harper, premier ministre canadien, a prononcé aujourd'hui des excuses officielles de la part du gouvernement et du peuple canadiens pour les mauvais traitements subits par les élèves autochtones dans les pensionnats indiens.

M. Harper est aussi revenu sur la politique d'assimilation conduite envers les autochtones. Il l'a qualifiée "d'erronée" selon Radio-Canada et a reconnu les dommages importants causés sur le patrimoine culturel autochtone.

Mis en place à la fin du XIXème siècle en partenariat avec les églises, ces établissements ont, pour la plupart, fermé leurs portes dans les années 1970, le dernier subsistant malgré tout jusqu'en 1996.

Arrachés à leurs familles, placés loin d'elles et sans possibilité de les voir, certains de ces enfants, outre un traumatisme émotionnel, ont subi des violences et des abus sexuels.

Souvent sous-financés, les pensionnats vivotaient comme ils le pouvaient. Afin d'augmenter les subventions, les religieux, gérant les établissements, accueillaient plus d'élèves que la capacité des pensionnats ne leur permettait. Des dortoirs surchargés à l'hygiène douteuse ont été de vrais nids à germes en tous genres et la tuberculose a frappé plusieurs fois, tuant de nombreux enfants. De même, par soucis de rentabilité, il n'était pas rares que les enfants soient assignés à des tâches manuelles (repeindre les bâtiments ...) au détriment de leurs études et de la supposée éducation que les pensionnats étaient sensés leur fournir.

Afin de "tuer l'indien au coeur de l'enfant" comme l'a dit un religieux, les enfants, vus comme des curiosités à observer, étaient, à leur arrivée dans les pensionnats, décrassés, habillés et coiffés à l'occidentale, afin de les humaniser un peu. Leur langue leur était interdite ainsi que tout contact avec leur famille. Ce petit manège a duré au moins juque dans les années 1960, ainsi que nous le montre une vidéo de l'époque où un prétendu journaliste demande à une soeur si les facultés intellectuelles des petits indiens sont les mêmes que celles des petits blancs et s'ils se comportent de la même façon que les autres lorsqu'ils jouent.

Au total, entre 1870 et 1996, ce sont plus de 150 000 enfants qui ont été enlevés à leur famille pour être envoyés dans ces pensionnats - on en totalise environ 135 - souvent vers l'âge de six ans. Certains ne sont jamais retournés chez eux.

Quand on sait qu'actuellement la drogue, l'alcool et le chômage sont les maux quotidiens de bien des communautés autochtones, on est en mesure de se demander si, en plus de leur enlever leurs terres il était judicieux de leur enlever leurs enfants, leur avenir, leur espoir, quelque chose qui donne envie de se battre et d'être fort.

Il y a 10 ans, en 1998, la ministre des Affaires indiennes, Jane Stewart, avait déjà présenté des excuses officielles aux victimes des pensionnats autochtones. Ces excuses avaient alors été jugées insuffisantes.

Voilà qu'aujourd'hui Harper réitère. En plus de sa contrition, l'État essaye de panser la plaie avec des dollars, pour qu'elle se résorbe plus vite peut-être. Les anciens élèves doivent recevoir 10 000 $ pour leur première année scolaire et 3 000 $ de plus pour chaque année supplémentaire.


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