mardi 21 août 2007

Le Japon, une société "shiyoganai" ?

"Pas le choix !", "ça doit arriver", "on ne peut pas l'éviter". Peut-on résumer la société japonaise par cette seule sentence résignée ?

La façon dont on nous dépeint la société japonaise, à nous autres occidentaux, et la façon dont nous la percevons a-t-elle évolué depuis la Seconde guerre mondiale ?

Les figures des kamikaze ou des salarymen conscientieux et dévoués ne tardent pas à apparaître dans notre imaginaire. De l'ordre, de la discipline, des citoyens interchangeables côtoient souvent la vague kawaii : cheveux de toutes les couleurs, tenues extravagantes, manga, jeux vidéo et une sexualité vue comme débridée et non conventionnelle : love hotels, bondage, distributeurs de petites culottes de lycéennes, bukkake, yaoi ou hentai ...
Mais quid des véritables révolutions et de l'état actuel de la société nippone qui n'est plus exactement celle d'après-guerre.

Comme dans tout au Japon, l'ancien est toujours associé au neuf, on comprend aisément que dans un tel contexte les évolutions de la société se fassent discrêtes et peuvent donner à penser qu'elles n'existent pas. J'ai cependant lu récemment un article dans Le Monde qui, d'une certaine façon, faisait état d'un de ces changements. Changement structurel ou de mentalité ? La nouvelle génération ne peut ou ne veut pas ressembler à la précédente, celle des emplois garantis à vie et d'un dévouement sans borne à l'entreprise. Dans cette société où l'on vous stresse pour réussir dés l'âge de vos premiers concours (12 voire 6 ans) pour les meilleures écoles, ceux qui ne collent pas au schéma imposé se retrouvent dans une situation problématique (un travail mais pas de quoi se loger) ou marginale (phénomène des neet et des hikikomori, ces jeunes qui ne travaillent pas, n'étudient pas et on du mal à se confrontrer au monde extérieur, enfermés qu'ils sont dans une bulle jeux/manga/télé qui les déconnecte de la réalité).

Malgré ces changements générationnels, la société bouge peu, contrairement à nos concitoyens français qui l'ouvrent trop et pour tout (ou pour rien), les Japonais semblent décourageants de passivité. Dans les grandes entreprises, on met les employés à n'importe quel poste, sans tenir compte de leur formation ni de leurs compétences, mais pas question de refuser un poste. Actuellement on ne crache pas sur un emploi, même si cet emploi comporte en théorie 2& à 24 jours de congés payés, ils sont factices ouisqu'on ne peut pas se permettre de ralentir la machine en allant faire du tourisme ou lézarder sur les plages. Et personne ne proteste sinon c'est la porte. Eh oui, la démission forcée ça existe ici aussi et c'est même plutôt répandu comme méthode. Alors on se contente des quelques jours de congés de la Golden week, début mai.

Le sacrifice de soi pour le bien et la prospérité de sa famille et plus généralement de la nation, héritée de la guerre fait toujours l'unanimité, du moins en public seulement. Les mentalités évoluent. Surtout la société, ses extravagances et son particularisme, tels qu'ils sont dépeints à l'étranger, sont nés comme paliatifs à ce stress en continu. Stress qui est d'ailleurs majoritairement évoqué lorsqu'il s'agit de donner une raison au manque d'ardeur procréatrice et copulatoire des japonais. Le ministre de la santé, Hakuo Yanagiawa, dans un discours sur la chute du nombre des naissances, a qualifié les femmes de "machines à porter les enfants", il a fait un tollé. Il y a l'art et la manière de le dire. Faire un enfant au Japon coûte en effet très cher : plusieurs milliers de yens en médecins et examens avant la naissance, études plus qu'onéreuses notamment à cause des illustres cours du soir et j'en passe. d'autant plus que le système de crèches et de garde n'est pas développé. Les femmes se consacrent donc souvent exclusivement à leur rôle de mère dés le premier enfant. Il est pourtant reconnu que les femmes sont un plus dans le monde du travail. Arrivées tardivement, elles se montrent souvent plus modernes que leurs collègues masculins.
Les "adulescents" sont de plus en plus nombreux. Ils ne se marient pas (le célibat est d'ailleurs un des problèmes du Japon) et ne font pas d'enfants, on compte environ 10 millions de personnes qui vivent encore chez leurs parents tout en disposant de leur salaire comme d'argent de poche et s'offrant produits de luxe (les très répandus et horribles sacs Vuitton) et voyages en Europe.

La société japonaise est très complexe, de par son attachement au passé, aux traditions qui en fait un pays si asiatique et si éloigné, culturellement de l'Europe et de par son côté innovant de pays moderne acquis après-guerre qui permet de ne pas se sentir trop déboussolé, nous, occidentaux. Cet antagonisme ou plutôt cette complémentarité se retrouve dans beaucoup de domaines et semble compliquer les évolutions propres à toute société. On comprend l'inquiètude des jeunes et la distance qu'ils mettent dans leur vie par rapport à celle de leurs parents dans un pays en récession et devant des politiciens qui ne semblent pas comprendre aucune des parties et multiplient les bourdes.

J'ai sans doute dit des bêtises dans ce post mais c'est ma vision présente des choses, j'espère y voir un peu plus clair au fil du temps :p

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